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Ces pauvres que le Capitalisme ignore

Citée par L’Écho Magazine du 23 février 2006, Mme Balet, directrice d’Economiesuisse, déclare que « les pauvres ne sont pas pauvres parce qu’il y a des riches ». Je dis : mensonge ! En effet le capitalisme actuel est un grand producteur de pauvreté, donc de pauvres… et de quelques très riches.

Qu’avons-nous vu, en effet, ces dernières années dans notre pays (pour ne pas parler du reste du monde) ? Sous la contrainte ou avec la complicité des financiers qui jouent avec leur fortune et l’argent de nos caisses de pension, comme on joue au Monopoly, les grandes entreprises en particulier n’ont pas eu le choix. Pour augmenter la rentabilité du capital investi, il fallait produire plus avec moins, et plus rapidement, et dans des proportions toujours plus hautes, sous peine de sanction boursière. Dès lors les « dégraissages » à grande échelle, les fusions, les délocalisations devenaient monnaie courante, jetant par dizaines de milliers les travailleurs au chômage, et donc dans la dépendance de l’État social dont les charges prenaient l’ascenseur.

En même temps, et toujours dans le but d’une rentabilité toujours plus élevée du capital, les grandes entreprises obtenaient des diminutions fiscales substantielles afin, disaient-elles, de bénéficier de conditions-cadre garantissant leur compétitivité au niveau mondial. Ainsi, tandis que les pouvoirs publics voyaient leurs revenus diminuer, leurs charges sociales augmentaient considérablement. Les caisses des pouvoirs publics se vidaient, ce qui n’était ni le résultat d’une incurie politique, ni le fait du hasard ; elles étaient programmées – et le sont encore – du fait de l’arrogance de financiers cyniques relayés dans les entreprises par des patrons aux salaires dépassant toute raison, même économique. Et qui paie au bout de la chaîne ? Les travailleurs, bien sûr, contraints au chômage ou toujours plus pressurisés, dont les conditions de travail deviennent toujours plus précaires, comme leurs salaires, d’ailleurs.

La boucle est ainsi bouclée, n’en déplaise à Mme Balet et à tous ceux qui croient encore au mirage néolibéral : la « classe moyenne » est pillée, les caisses publiques vidées, au profit de quelques « gagnants » qui se donnent évidemment en modèles d’adaptation au système de concurrence du marché.

Ces derniers jours, nous avons pris connaissance des bénéfices mirobolants de quelques-unes de nos multinationales. Si leur santé économique ne peut que nous réjouir, la hauteur des bénéfices – de dizaines de milliards de francs – donne à réfléchir, comparée au budget de la Confédération. Celle-ci, après avoir consenti à leur accorder les conditions-cadre réclamées, ne devrait-elle pas bénéficier pour une part plus importante, de ces bénéfices qui dépassent l’entendement du commun des mortels ? Si tel était le cas, je commencerais à être d’accord avec Mme Balet !

Canisius Oberson, Cernier


Titre Boillat

Dans le conflit qui oppose les employés de la Boillat à Reconvilier à leur Directeur Martin Hellweg, la PMT n’a qu’un choix possible, prendre le parti des travailleurs.

En effet, comment une instance d’Eglise pourrait ici défendre ce directeur qui, au nom de son capital injecté en actions dans le groupe Swissmetal, vient détruire la vie et l’avenir de centaines d’employés et de toutes leurs familles. Est-il tolérable que l’argent, même s’il s’agit de millions de francs, puisse valoir davantage que les heures consacrées sans compter par tous ces ouvriers à leur travail depuis des décennies ?

La logique de Martin Hellweg est trop simpliste : « au final ce sont les chiffres qui parlent ». Comment un homme, même dénaturé et sans la moindre émotion, peut-il à ce point déconsidérer la valeur humaine. A qui faut-il avoir vendu son âme pour oser précipiter ses semblables à la fosse d’un signe de la main ?

Face à lui, des dizaines de femmes et d’hommes. Des familles, des Communes, une médiation et des centaines de signataires et bientôt des milliers de manifestants. Eux, tous, sont solidaires. Ils se retrouvent, se parlent et cherchent à comprendre ; comment pareille infamie est-elle possible ? Sur place, à Reconvilier, nous avons parfois l’impression de vivre un cauchemar. Malheureusement c’est les yeux grands ouverts que la nuit se traverse et la brutalité du réveil renvoie toujours à une réalité plus sombre encore : la dernière déclaration du conseil d’administration. Il n’y a donc personne qui puisse apporter un peu de lumière dans les ténèbres ? Tout le monde est donc à la botte de l’Argent ; il n’y a plus que le Marché mondialisé qui gouverne : pauvres pantins sous leur coupole fédérale. Telle une cloche à fromage le Palais tient ses élus à distance de l’odeur crasse du mépris millionnaire qu’ils cautionnent et qui assassine le peuple contribuable, corvéable, soumis et méprisable.

Depuis novembre 2004, la vallée de Tavannes se ride des traits de Germinal. Et si Zola commence comme Zorro, la chute risque, elle, d’être aussi dramatique que celle du célèbre ouvrage. Pourtant les métalos contemporains ne sont pas moins impressionnants que leurs prédécesseurs quand ils se rassemblent pour épancher leur lutte de cette solidarité sans faille ; ils se retrouvent désespérés, se rappellent haut et fort « que leur combat est digne et qu’ils ne pourront en sortir que vainqueurs », se tapent sur l’épaule et s’en vont chez eux, gonflés de fraternité affronter la pâle réalité de leur avenir angoissant.

La PMT n’a d’autre choix que de prendre le parti de ces femmes et de ces hommes qui luttent pour sauvegarder leur outil de travail. Eux tous, ont reçu la Boillat en héritage. Comme nous tous avons reçu cette Terre où nous vivons. Non pas pour la piller mais pour lui faire porter son fruit. Naître travailleur c’est se reconnaître acteur d’un projet qui nous dépasse, participer à une œuvre de création, se donner presque entièrement à un projet de Vie.

Contrairement à ce que dit la publicité et Martin Hellweg, l’argent, lui, ne travaille pas. Il ne rapporte que le prix du mensonge qui le cote virtuellement en bourse. La logique de l’appât du gain va peut-être gagner cette fois encore, mais sa proie est toute désignée. Les vainqueurs de cette lutte seront bel et bien les travailleurs. Parce que la solidarité et le partage sont des valeurs humaines intemporelles qui illumineront le cœur et le regard de tous les grévistes de la Boillat aussi longtemps qu’ils vivront. A leurs côtés, tous les travailleurs de ce pays en sortiront vainqueurs parce qu’à force de lutter les outils de production seront mieux protéger des vampires ultralibéraux. Quant à ces fossoyeurs du savoir-faire industriel local ils s’en iront sans jamais avoir eu sur les lèvres le goût de la justice.

Alle le 3 avril 2006, Jean-Charles Mouttet

- ...pour mieux comprendre ce qui se passe à Reconvilier... -

La stratégie financ ière de Hellweg

© Angles d'ATTAC n° 28, mars 2006

La stratégie mise en oeuvre par Swissmetal est caractéristique des opérations financières qui se font au détriment de groupes industrialisés. Voici comment cela fonctionne :

Tout d'abord, il s'agit de repérer des entreprises qui ont un important savoir-faire, peu importe dans quel domaine. Ensuite, il faut analyser leur situation (carnet de commandes bien rempli, capacités d'innovations, besoins de développement). Si en raison de difficultés passagères ou d'importants investissements, l'entreprise manque de liquidités, le requin de la finance entre en jeu. Il injecte de l'argent frais, exproprie au passage les anciens actionnaires, et prend le contrôle de l'entreprise. Il commence alors sa stratégie qui consiste à diminuer les coûts de production, quitte à diminuer aussi la qualité des produits. Les marges augmentent, les bénéfices attirent d'autres investisseurs, le cours à la bourse monte. On délocalise et au besoin (et il y a souvent besoin !), on licencie pour accélérer le processus. On se retire des secteurs peu rentables et on redélocalise ce qu'il est possible de produire dans des pays avec une main-d'oeuvre meilleure marché (par exemple l'Inde pour la métallurgie). La qualité baisse, certains clients se plaignent, des ouvriers sont au chômage, mais les investisseurs sont contents. Le requin peut finalement revendre ses parts et faire des profits extraordinaires grâce à l'augmentation du cours boursier. [...]