Etre sans emploi, ce n’est pas seulement l’absence d’un travail qui est difficile. C’est aussi une période qui touche la personne dans son identité profonde et dans l’absence d’une reconnaissance sociale. Cette personne a besoin de pouvoir trouver sur son chemin, quelqu’un qui la soutienne humainement et spirituellement dans cette épreuve. Afin qu’elle puisse peu à peu retrouver dignité et reconnaissance.
Je suis sans emploi depuis sept ans et, vu mon âge, je n’espère plus en avoir. On appelle cela un « travailleur découragé », c’est-à-dire un travailleur qui a cessé de chercher activement du travail. La définition n’est pas de moi. Depuis quelques années, dans les statistiques sur le chômage aux Etats-Unis, au Canada et dans l’Union européenne, on tend à tenir compte de cette frange de la population active parce que le phénomène n’est pas négligeable.
En effet, après cinq années de recherches d’emplois infructueuses avec les sempiternelles réponses, « nous avons le regret de …, nous vous formulons nos vœux de réussite pour… » et les humiliations dans les agences de placement où le chercheur d’emploi est reçu le plus souvent comme un malpropre et tout cela sous la bienveillante supervision de l’Office régional de placement, j’ai jeté l’éponge. J’ai fait acte de candidature pour tous les emplois licites que je me savais capable d’occuper, manœuvre, marmiton, aide-cuisinier, professeur et j’en passe, sans succès.
Bref, de guerre lasse, j’ai tout lâché, y compris l’ORP qui ne m’était d’aucun secours avec ses différents cours Prorot et je ne sais quoi, pour me débrouiller comme je peux de façon honnête. Ainsi, il m’arrive d’avoir quelquefois des petits boulots qui me font gagner quelques centaines de francs que je ne déclare pas au fisc (le travail au noir n’est pas seulement le fait des clandestins).
Entre deux petits boulots que j’effectue, il peut s’écouler plusieurs mois pendant lesquels je ne sors pas de chez moi, à tourner comme un lion en cage, à broyer les idées les plus noires qui soient jusqu’à penser que le suicide est la solution ou m’armer d’un fusil et descendre tous ces politiciens, ces économistes qui passent le temps à raconter des âneries sur des choses qu’ils n’ont jamais vécues et à plâtrer des jambes de bois. Si je ne l’ai pas fait, c’est que contrairement à d’autres qui sont dans mon cas, j’ai une famille et des amis qui me soutiennent.
Je suis marié et ai deux enfants qui vont à l’école. Mon épouse travaille et nous vivons tous les quatre de ce qu’elle gagne. Mais, il faut considérer deux choses : d’une part, j’ai reçu une éducation selon laquelle c’est l’homme qui pourvoit aux besoins de la famille et même si j’accepte maintenant que cela soit autrement, je n’accepte pas de ne pas apporter ma contribution aux dépenses familiales et, d’autre part, mes enfants voient à l’école que leurs camarades reçoivent de leurs parents des gadgets et s’ils comprennent que je ne peux leur offrir la même chose, compte tenu de ma situation (qui obère la leur), je m’efforce quand je gagne un peu d’argent de leur offrir un petit cadeau.
Un chômeur en fin de droit vivant à Fribourg,
Article paru dans La Liberté du 2 février 2005
Sans chercher à diaboliser la mondialisation en la rendant coupable de tous les maux, force est de constater qu'une économie globalisée dans le monde entier provoque à la fois une capacité décuplée à générer des richesses tout autant que d'inombrables formes de pauvretés. Ainsi s'accroît un fossé grandissant entre une infime partie de population de plus en plus aisée et une masse chaque jour plus nombreuse de personnes fragilisées, marginalisées, refoulées à un état de non-droits (chômeurs en fin de droits, personnes à l'assistance, sdf et autres personnes rendues malades par leur travail ou leur non-emploi).
En avouant humblement ne pouvoir remédier à cette problématique, nous souhaitons offrir notre aide aux personnes affaiblies par ce système. Les liens ci-dessous pourront peut-être apporter quelques soutiens...