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Votation fédérale du 18 mai 2014

Le prix de la dignité

La prochaine votation sur le salaire minimum fait débat. Les arguments en faveur ou en défaveur de l’initiative ne manquent pas, et c’est tant mieux pour la vigueur de notre démocratie et, osons l’espérer, pour la cohésion sociale future de notre pays.

Les arguments économiques – risque de nivellement des salaires par le bas, impossibilité pour certaines entreprises à payer des salaires à 4'000 francs – sont fréquemment utilisés par la détracteurs de l’initiative. Les tenants du projet, eux, soulignent la difficulté à vivre en Suisse avec moins de 4'000 francs par mois.

En soi tous ces arguments, d’ordre économique, tiennent la route. Et l’on pourrait se dire que le peuple tranchera entre la meilleure ou la moins pire des solutions. Point barre. Pourtant, se limiter aux arguments économiques dans cette problématique révèle une manière étriquée, disons économiste, de considérer la personne humaine. Aujourd’hui un employé est certes devenu une «ressource» humaine, mais c’est justement là que se cache l’amputation faite à la personne. Dans la logique ou l’idéologie portée par cette vision de l’être humain, le travail n’est plus considéré que comme une prestation rémunérée. Pauvre humanité, réduite à une force de production ! En réalité le travail a non seulement pour objet la production de biens selon un contrat entre individus isolés. Dans une vision humaniste, et pas seulement utilitariste, le travail met en lien des personnes : l’employé (ou l’ouvrier) et son patron, mais aussi les destinataires des produits réalisés dans l’entreprise. Le paysan ou l’artisan avec ses ouvriers crée du lien entre eux, et avec les bénéficiaires de leur travail. Plus que productiviste, le travail est un lieu d’humanisation. Il a trait, autrement dit, à la dignité humaine, une valeur fondamentale inscrite dans la Déclaration universelle des Droits de l’homme.

La votation sur le salaire minimal, au-delà de ses aspects purement économiques, met en plein jour les dysfonctionnements de l’économie elle-même, quand elle est régie par la seule loi du marché dérégulé. Ainsi : est-ce respecter la dignité d’une personne quand elle travaille à 100% et qu’elle doit recourir à l’aide sociale ? Que ceux qui répondent oui à cette question s’imaginent seulement une minute à sa place ! Est-il juste et digne qu’une élite s’octroie les salaires somptueux et injustifiables, tandis que plus de 100'000 personnes en Suisse vivent dans la précarité ?

Autre mise en lumière : les maraîchers ne peuvent évidemment pas payer si cher leurs employés. Exact. Mais n’est-ce pas une aberration que les maraîchers suisses doivent concurrencer les paysans de la misère de l’autre bout de la planète ? Ou pourquoi le prix du lait, des céréales, est-il le même qu’il y a trente ou cinquante ans ? Faudra-t-il introduire un label Max Havelaar pour les produits suisses ? La notion de «prix équitable» sera-t-elle autre chose qu’un argument de vente, si l’on pense aux petites entreprises, aux artisans, aux coiffeurs et tant d’autres confrontés au rouleau compresseur du fameux marché, cache-sexe pratique des grands groupes financiers et économiques auto-proclamés bienfaiteurs de l’humanité, auxquels se dévouent avec grande ferveur tant de politiciens partout dans le monde ?

Mais avoir un autre horizon que la fuite en avant sous le diktat des marchés, travailler au bien-être social, fait-il encore sens ? C’est pourtant le prix à payer, celui de la dignité humaine.

Canisius Oberson


Salaire minimum : nécessité de salaires équitables

Ecoutez-moi, vous les riches !… vous avez refusé de payer le salaire des ouvriers qui travaillent dans vos champs. C'est une injustice criante ! Les plaintes de ceux qui rentrent vos récoltes sont parvenues jusqu'aux oreilles de Dieu… . (Epitre de Jacques chapitre 5, verset 4)

Le 18 mai prochain, le peuple suisse devra se prononcer sur l’initiative sur les salaires minimums. Si le débat se focalise sur le montant de ce salaire (4000 francs par mois ou 22 francs par heure), la question du salaire équitable reste posée. L’initiative demande que la Confédération et les cantons protègent les salaires en encourageant l’inscription de salaires minimums dans les conventions collectives négociées par les partenaires sociaux.

La doctrine sociale de l’Eglise catholique, quand elle traite de la question des salaires justes, énonce un certain nombre de critères que le Concile Vatican II a rassemblés dans la constitution pastorale « ’Eglise dans le monde de ce temps » : « compte tenu des fonctions et de la productivité de chacun, de la situation de l’entreprise et du bien commun, la rémunération du travail doit assurer à l’homme des ressources qui lui permettent, à lui et à sa famille, une vie digne sur le plan matériel, social, culturel et spirituel. » (Gaudium et Spes, 67).

La fonction de la personne employée et la productivité de son travail est évidemment le premier critère nommé. La situation de l’entreprise est un autre critère. Si l’entreprise est florissante, les salaires bas ne se justifient pas. Le bien commun est un autre paramètre à prendre en compte. Des salaires si bas qu’ils mettent des travailleurs et des travailleuses dans la précarité nuisent au bien de l’ensemble de la société.

Le salaire doit permettre au travailleur et à sa famille de vivre dans la dignité. Dans un contexte social où la famille prend de multiples formes, ce critère peut sembler difficile à mettre en œuvre. Mais quand je vois qu’en mars 2014 à Lausanne on peut proposer un salaire de 1000 francs par mois pour un emploi à mi-temps, je constate bien la nécessité d’exiger un salaire permettant de vivre dans la dignité !

Enfin la vie digne ne consiste pas seulement à pouvoir se nourrir, se vêtir et se loger. Vivre humainement suppose mener une vie sociale. Au vu de l’importance que prend aujourd’hui un téléphone portable ou un accès à internet, ne serait-ce que pour chercher un emploi, il est clair qu’être privé contre sa volonté d’un tel outil de communication empêche de vivre normalement dans notre société.

Dès lors poser la question d’un salaire minimum est légitime. Et au moins en déposant son vote dans l’urne il est possible de se souvenir non seulement de la phrase de l’épître de Jacques citée au début de cette page, mais également de l’affirmation du préambule de la Constitution fédérale de 1999 selon laquelle « la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres ».

Pour approfondir la question :

Rencontre de la pastorale œcuménique vaudoise
dans le monde du travail du 1er mai à Lausanne
Prise de position de la pastorale œcuménique
dans le monde du travail des Eglises vaudoise
Prise de position de Caritas Suisse Le dossier complet sur la votation de la RTS
avec débats et infographies

Jean-Claude Huot, pastorale œcuménique vaudoise dans le monde du travail


Votation du 9 février 2014

Le droit à la différence

Au-delà de ses conséquences pour notre pays, le oui à l’initiative UDC sur l’immigration de masse révèle un malaise ressenti dans une partie de la population. C’est le sentiment que son destin lui échappe. Depuis 30 ans au moins la doctrine néolibérale impose une marche forcée aux peuples du monde entier. « Produis plus, sois compétitif », nous assènent les tenants de cette sorte de religion qui ne voient de salut que dans cette fuite en avant. Mais nous voyons de plus en plus le prix funeste de cette marche forcée : insécurité, souffrance au travail, travail qui rend malade, précarité, mauvaise répartition des richesses, etc.

Notre société est individualiste, dit-on. Tant mieux ! Personne ne souhaite vivre aujourd’hui le carcan social et religieux de nos parents et grands-parents dans les villages d’antan. Mais si l’individualisme casse les liens sociaux et les solidarités, le sens d’appartenance à une communauté humaine, alors l’être humain n’en est plus vraiment un, et il ne peut plus exprimer la négation de son identité que dans la violence. La difficulté est en effet là : les êtres humains ne peuvent se contenter de n’être que des individus, et par conséquent isolés les uns des autres. Ils doivent devenir des personnes, et c’est dans le rapport aux autres que se construit la personne, depuis le regard échangé entre le bébé et sa mère, qui se continue dans tous les échanges entre humains. Ce qui rend chacune et chacun unique.

Or, malgré les apparences et le discours dominant, l’individualisme ne conduit que difficilement à la reconnaissance de l’unicité des personnes, et ajoutons : des sociétés et des peuples. Ainsi en est-il quand les homosexuels, les étrangers, les femmes, les handicapés, les personnes âgées, sont discriminés. Ainsi en est-il quand la Commission européenne donne son feu vert à l’utilisation d’un nouveau maïs OGM, le TC1507, alors que 19 pays de l’UE n’en veulent pas (L’Impartial du 12 février) !

Lors d’une récente session de formation à laquelle je participais, le grand rabbin de Belgique, disait en substance : « La bible n’est pas tolérante. Tolérer quelqu’un, c’est faire une concession à son égard, alors que je continue de le regarder avec mon désaccord sur lui. La bible, elle, revendique le droit de l’autre à être différent ».

Je repense souvent à cette parole. La pensée néolibérale, relayée par la majorité des responsables politiques et des media, aboutit dans les faits à une sorte « d’homogénéisation » des peuples, des sociétés et des personnes. Dans la théorie, c’est « chacun son chemin », comme dit la chanson. Mais en réalité il vaut mieux être « dans la ligne », comme autrefois dans les pays communistes. Mieux vaut être un adepte de la pensée ambiante dominante, sinon vous êtes un ringard, vous êtes dépassé, incapable de vous adapter. La disqualification systématique de toute autre pensée, le refus de principe d’écouter l’autre – que l’on songe aux altermondialistes ou… aux Tessinois avant le 9 février dernier – sont le signe d’une forme d’intégrisme de la pensée.

Or le refus de reconsidérer une dogmatique qui enferme, conduit à des ruptures – comme dans l’Église catholique… – entre ceux qu’on appelle les élites et l’ensemble d’une population. Pour éviter les explosions sociales et les fausses solutions populistes, encore faut-il savoir écouter et reconnaître à chacun et aux peuples, le droit à leur différence et à leur identité.


Votation du 24 novembre 2013

Initiative 1 :12. Une question de grande portée.

Est-il tolérable qu’une société accepte en son sein que des individus s’octroient des revenus ne correspondant plus à une prestation que l’on peut se représenter ? C’est en fin de compte la question que pose l’initiative des jeunes socialistes sur laquelle le peuple et les cantons devront se prononcer le 24 novembre prochain.

Si on regarde la réalité de l’économie suisse, on constate que seule une petite partie des entreprises sont concernées par des inégalités salariales plus élevées que 1 sur 12 : entre 1000 et 1300 entreprises sont concernées. Et le nombre de salarié est proportionnellement encore plus bas : 4400 personnes sur 3,4 millions de salariés. Alors faut-il avoir peur de cette initiative ?

En tous les cas, quand les salaires incriminés montent à plusieurs millions de francs par année, ils n’ont plus aucune mesure avec les règles du marché. On ne peut plus justifier de tels montants par des prestations. Il en est alors des grands managers comme des grands sportifs. Cela ne marche que si des actionnaires ou des sponsors sont prêts à payer.

Mais du point de vue de la justice sociale, de tels montants ne peuvent que soulever l’indignation. Cette indignation face aux inégalités criantes traversent les siècles et sont le moteur de bien des révoltes dans l’histoire humaine.

Cela étant, la révolte n’est pas toujours bonne conseillère. C’est pourquoi un examen plus attentif est nécessaire. On verra alors que si l’initiative pose une bonne question, la réponse qu’elle apporte est discutable. Ceci n’est toutefois pas une raison suffisante pour la refuser complètement. Car ce n’est qu’au moyen de la pression politique qu’un changement de cap peut être opéré là où les salaires dépassent l’entendement commun.

Pour en savoir plus...

...un dossier rédigé par Jean-Claude Huot, PMT Vaud

... ou encore !