Eglise et Travail à Neuchâtel
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Prochaine rencontre...

mardi 17 mai 2016 à 19h00

Contact: Jean-Louis Crétin

077 460 91 48

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Mardi 29 septembre 2015 à 19h00

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La petite équipe PMT Neuchâtel se réunit toutes les 6-8 semaines. C'est avant tout un lieu d'échanges à partir de ce que les réalités du monde du travail interpellent la foi chrétienne des participants. "Comment, nous, chrétiens, réagissons-nous à la politique menée par la droite libérale qui gouverne la Suisse ?, Comment, nous, croyant en Jésus Christ venu libérer les plus petits, faisons-nous entendre cette espérance dans un monde où regnent l'individualisme, la consommation à outrance, la compétitivité débridée ?, Comment, nous, enracinant notre foi dans la Parole de Dieu, témoignons-nous au jour le jour de cette force qui nous pousse à résister à un "système de société" pervers et piégeant pour tout un chacun ?"

Cette équipe, en plus d'être un lieu de questionnement fondamental, propose ponctuellement des actions pour sensibiliser l'opinion publique, pour provoquer à une prise de conscience.

Enfin, l'équipe PMT est ouverte à chacun-e. Si vous souhaitez participer à l'une de nos prochaines rencontres n'hésitez pas à prendre contact avec nous :


Texte de Canisius Oberson

 

Votation fédérale du 18 mai 2014

 

Le prix de la dignité

 

La prochaine votation sur le salaire minimum fait débat. Les arguments en faveur ou en défaveur de l’initiative ne manquent pas, et c’est tant mieux pour la vigueur de notre démocratie et, osons l’espérer, pour la cohésion sociale future de notre pays.

 

Les arguments économiques – risque de nivellement des salaires par le bas, impossibilité pour certaines entreprises à payer des salaires à 4'000 francs – sont fréquemment utilisés par la détracteurs de l’initiative. Les tenants du projet, eux, soulignent la difficulté à vivre en Suisse avec moins de 4'000 francs par mois.

 

En soi tous ces arguments, d’ordre économique, tiennent la route. Et l’on pourrait se dire que le peuple tranchera entre la meilleure ou la moins pire des solutions. Point barre. Pourtant, se limiter aux arguments économiques dans cette problématique révèle une manière étriquée, disons économiste, de considérer la personne humaine. Aujourd’hui un employé est certes devenu une «ressource» humaine, mais c’est justement là que se cache l’amputation faite à la personne. Dans la logique ou l’idéologie portée par cette vision de l’être humain, le travail n’est plus considéré que comme une prestation rémunérée. Pauvre humanité, réduite à une force de production ! En réalité le travail a non seulement pour objet la production de biens selon un contrat entre individus isolés. Dans une vision humaniste, et pas seulement utilitariste, le travail met en lien des personnes : l’employé (ou l’ouvrier) et son patron, mais aussi les destinataires des produits réalisés dans l’entreprise. Le paysan ou l’artisan avec ses ouvriers crée du lien entre eux, et avec les bénéficiaires de leur travail. Plus que productiviste, le travail est un lieu d’humanisation. Il a trait, autrement dit, à la dignité humaine, une valeur fondamentale inscrite dans la Déclaration universelle des Droits de l’homme.

 

La votation sur le salaire minimal, au-delà de ses aspects purement économiques, met en plein jour les dysfonctionnements de l’économie elle-même, quand elle est régie par la seule loi du marché dérégulé. Ainsi : est-ce respecter la dignité d’une personne quand elle travaille à 100% et qu’elle doit recourir à l’aide sociale ? Que ceux qui répondent oui à cette question s’imaginent seulement une minute à sa place ! Est-il juste et digne qu’une élite s’octroie les salaires somptueux et injustifiables, tandis que plus de 100'000 personnes en Suisse vivent dans la précarité ?

 

Autre mise en lumière : les maraîchers ne peuvent évidemment pas payer si cher leurs employés. Exact. Mais n’est-ce pas une aberration que les maraîchers suisses doivent concurrencer les paysans de la misère de l’autre bout de la planète ? Ou pourquoi le prix du lait, des céréales, est-il le même qu’il y a trente ou cinquante ans ? Faudra-t-il introduire un label Max Havelaar pour les produits suisses ? La notion de «prix équitable» sera-t-elle autre chose qu’un argument de vente, si l’on pense aux petites entreprises, aux artisans, aux coiffeurs et tant d’autres confrontés au rouleau compresseur du fameux marché, cache-sexe pratique des grands groupes financiers et économiques auto-proclamés bienfaiteurs de l’humanité, auxquels se dévouent avec grande ferveur tant de politiciens partout dans le monde ?

 

Mais avoir un autre horizon que la fuite en avant sous le diktat des marchés, travailler au bien-être social, fait-il encore sens ? C’est pourtant le prix à payer, celui de la dignité humaine.

 

Canisius Oberson

 

 

 



Initiative de l'UDC sur l'immigration de masse

Le droit à la différence

 Au-delà de ses conséquences pour notre pays, le oui à l’initiative UDC sur l’immigration de masse révèle un malaise ressenti dans une partie de la population. C’est le sentiment que son destin lui échappe. Depuis 30 ans au moins la doctrine néolibérale impose une marche forcée aux peuples du monde entier. « Produis plus, sois compétitif », nous assènent les tenants de cette sorte de religion qui ne voient de salut que dans cette fuite en avant. Mais nous voyons de plus en plus le prix funeste de cette marche forcée : insécurité, souffrance au travail, travail qui rend malade, précarité, mauvaise répartition des richesses, etc.

Notre société est individualiste, dit-on. Tant mieux ! Personne ne souhaite vivre aujourd’hui le carcan social et religieux de nos parents et grands-parents dans les villages d’antan. Mais si l’individualisme casse les liens sociaux et les solidarités, le sens d’appartenance à une communauté humaine, alors l’être humain n’en est plus vraiment un, et il ne peut plus exprimer la négation de son identité que dans la violence. La difficulté est en effet là : les êtres humains ne peuvent se contenter de n’être que des individus, et par conséquent isolés les uns des autres. Ils doivent devenir des personnes, et c’est dans le rapport aux autres que se construit la personne, depuis le regard échangé entre le bébé et sa mère, qui se continue dans tous les échanges entre humains. Ce qui rend chacune et chacun unique.

Or, malgré les apparences et le discours dominant, l’individualisme ne conduit que difficilement à la reconnaissance de l’unicité des personnes, et ajoutons : des sociétés et des peuples. Ainsi en est-il quand les homosexuels, les étrangers, les femmes, les handicapés, les personnes âgées, sont discriminés. Ainsi en est-il quand la Commission européenne donne son feu vert à l’utilisation d’un nouveau maïs OGM, le TC1507, alors que 19 pays de l’UE n’en veulent pas (L’Impartial du 12 février) !

Lors d’une récente session de formation à laquelle je participais, le grand rabbin de Belgique, disait en substance : « La bible n’est pas tolérante. Tolérer quelqu’un, c’est faire une concession à son égard, alors que je continue de le regarder avec mon désaccord sur lui. La bible, elle, revendique le droit de l’autre à être différent ».

Je repense souvent à cette parole. La pensée néolibérale, relayée par la majorité des responsables politiques et des media, aboutit dans les faits à une sorte « d’homogénéisation » des peuples, des sociétés et des personnes. Dans la théorie, c’est « chacun son chemin », comme dit la chanson. Mais en réalité il vaut mieux être « dans la ligne », comme autrefois dans les pays communistes. Mieux vaut être un adepte de la pensée ambiante dominante, sinon vous êtes un ringard, vous êtes dépassé,  incapable de vous adapter. La disqualification systématique de toute autre pensée, le refus de principe d’écouter l’autre – que l’on songe aux altermondialistes ou… aux Tessinois avant le 9 février dernier – sont le signe d’une forme d’intégrisme de la pensée.

Or le refus de reconsidérer une dogmatique qui enferme, conduit à des ruptures – comme dans l’Église catholique… – entre ceux qu’on appelle les élites et l’ensemble d’une population. Pour éviter les explosions sociales et les fausses solutions populistes, encore faut-il savoir écouter et reconnaître à chacun et aux peuples, le droit à leur différence et à leur identité.

 

Initiative 1:12, la tête dans le sable?                  Une soirée thématique sur Arte donnait récemment un éclairage indirect intéressant sur l'initiative 1:12. Intitulée «Noire finance», la première partie de l'émission retraçait l'histoire de la finance et de l'économie, et de leurs liens entre les années 1920 et 2007, soit juste avant la crise de 2008.

Or il s'avère que parmi les points communs entre le krach de 1929 et celui de 2008, il y a bel et bien l'explosion des écarts entre les hauts et les bas salaires. Et la cupidité d'une élite conduit à freiner au maximum la progression des salaires bas et moyens. Ce qui, soit dit en passant, conduit logiquement les ménages à naviguer entre une moindre consommation et l'endettement.

Ajoutez à cela qu'en cas de nouvelle crise, tout à fait possible, les pouvoirs publics, mis à sec depuis 2008, ne pourraient plus voler au secours des banques défaillantes et vous trouverez ici réunis les ingrédients d'une secousse financière et économique dont les conséquences seraient bien pires que celle qui vaut par exemple à l'Espagne d'avoir 50% de ses jeunes au chômage.

Malgré les tentatives de rassurer et les quelques progrès réels qui ont lieu dans les grandes banques en termes de régulation, force est de constater que le système financier navigue aujourd'hui sans pilote, et que des sommes colossales d'argent virtuel se jouent par programmes informatiques interposés, entre traders condamnés à être emportés dans le tourbillon des flux, dans l'incapacité de deviner où ils les conduiront.

Ce qui m'amène à la question posée par l'initiative 1:12. Si les salaires démesurés de certains managers sont effectivement le révélateur d'un système qui a perdu les pédales et tout lien avec la réalité économique, qu'est-ce qui est préférable? Se mettre la tête dans le sable et continuer comme si de rien n'était, ou bien dire: il est grand temps d'actionner le frein à main avant que se présente le mur… de la facture et de la fracture finales?

La manière de poser la question indique déjà la réponse que je lui donne, bien sûr. Mais qu'est-ce qui vaut mieux: s'embarquer avec les nombreux passagers du «Titanic», ou accepter de naviguer avec un bateau un peu plus modeste, mais plus sûr?

La sécurité est un thème cher à beaucoup de nos jours. Il vaut par conséquent la peine de réfléchir sur ce qui est le plus sûr à moyen et long terme. Ce n'est pas parce qu'il y a toujours des voleurs qu'il ne faut pas de loi contre le vol. À la longue, tout le monde y gagne.

L'initiative 1:12 est donc avant tout un pari sur l'avenir. Lui dire oui nous fait prendre le risque de voir le «Titanic» avancer un peu plus vite que nous, et nous pourrions y perdre quelques plumes fiscales, encore que les prévisions en ce domaine comportent une part d'incertitude sans doute plus large que la météo, même à sept jours!

Dire non à l'initiative, on le devine aisément selon mon raisonnement, nous assure certes pour le (très) court terme un statu quo rassurant, mais comporte des dangers considérables quand il faudra traverser les zones infestées d'icebergs.

L'histoire montre que les peuples n'acceptent jamais la servitude imposée par une élite - rappelons-nous la chute du Mur de Berlin - pas plus que les foules de travailleurs n'acceptent le mépris ou l'exploitation. Voterons-nous donc la tête haute ou… dans le sable?

 

 

 

canisius oberson

 

Prêtre,

 

Saint-aubin-sauges

 

 

 


Equipe PMT Neuchâtel