J’ai été licencié après 31 ans de service dans une entreprise de la région de l’ouest lausannois, j’avais 61 ans. J’ai donc eu droit à 640 jours d’indemnités par l’assurance chômage, soit deux ans et demi.
Je me suis inscrit à l’Office régional de placement (ORP). Durant toute cette période, j’ai fait les démarches de recherche d’emploi demandées. Je me suis souvent retrouvé sans réponse. Mon âge étant certainement une des raisons principales de l’impossibilité de retrouver un travail salarié. Heureusement pour ma dignité et le sens de ma vie, j’ai pu aider diverses associations et personnes en faisant du bénévolat social.
Au mois d’août 2006, je suis arrivé en fin de droit du chômage. Mon dossier à l’ORP a été clôturé le 29 août 2006.
Après renseignement, j’ai appris que je n’avais pas droit au Revenu Minimum d’Insertion, vu l’état de ma fortune et que mon épouse travaille. Je dois prendre sur mes économies pour vivre pendant les 6 mois qui précèdent ma retraite anticipée le 1er mars 2007.
Je trouve cela injuste et je suis révolté. Après avoir travaillé mon épouse et moi-même pendant 40 ans dans ce Pays et nous obliger à prendre sur ce que l’on a mis de coté pour nos vieux jours, bravo la Suisse un des pays soi-disant les plus riches du monde.
On prend une pré-retraite par obligation avec les inconvénients que cela comporte et en plus, on nous pénalise. Pourquoi n’y a-t-il pas un système de prise en charge de la part de l’Etat pour compenser les 6 mois qui me restaient pour toucher ma pré-retraite ? Pourquoi est-ce toujours la classe moyenne qui doit encaisser ?
Je dois également signaler une lettre que j’ai reçue de la part du syndicat UNIA suite à ma démission au 31 décembre 2006. J’ai fait partie de ce syndicat pendant 39 années. J’ai toujours payé régulièrement mes cotisations. Suite à ma démission il me rappelle que mes cotisations sont dues jusqu’à la fin de l’année. Je trouve cela petit de sa part. On aurait pu attendre de sa part un petit mot plus aimable. Une fois de plus l’argent avant tout.
Ce témoignage a été recueilli durant le mois d’octobre 2006 par M. Racloz
Nous nous permettons et devons porter à votre connaissance ce témoignage d’un citoyen de ce pays dans la soixantaine qui réside dans l’ouest lausannois.
Ce bref récit de vie met bien en évidence ce qui arrive à une personne licenciée à quelques années de la retraite, des difficultés rencontrées et surtout « du trou » dans le filet de la sécurité sociale entre l’assurance chômage et la pré-retraite.
Certes, il y a l’aide sociale. Mais, dans le canton de Vaud, les conditions d’accès sont devenues très sévères, pour ne pas dire plus !!!
Nous connaissons personnellement cette personne. Elle n’est pas du genre « abuseur », contrairement à ce que certains milieux répandent comme préjugés et opinions par rapport aux bénéficiaires de la sécurité sociale, qui exercent simplement leurs droits. Elle fait cette démarche pour que d’autres ne vivent pas cette situation.
Nous pensons qu’il faut entendre des prises de parole tel que ceci et puis agir.
Les votations du 24 septembre dernier ont révélé toutes les peurs, les angoisses, les sentiments d’injustice dans la population.
Cette personne qui témoigne aurait pu, avec tout ce qu’elle a vécu, se replier sur elle-même. Mais, elle a su garder son cœur ouvert aux autres. Chapeau !Combien d’autres ne le font pas et certainement pour de réelles souffrances liés aux déséquilibres sociaux – économiques et au non partage des richesses tant à l’intérieur de notre pays qu’entre le Nord et le Sud.
« On fait des trous partout » - Licenciement – On n’entend plus que ça. « Pour faire des économies, licencions », qu’ils disent. Tiens donc !
Une personne licenciée a deux possibilités : a) elle retrouve du travail, et c’est très, très bien (à part qu’elle prend la place que quelqu’un d’autre aurait prise) ; b) elle ne retrouve plus de travail. Dans cette hypothèse, elle a deux possibilités : a) elle touche le chômage, et c’est très, très bien (à part qu’elle contribue à vider la caisse-chômage) ; b) elle est sans ressource.
Dans ce dernier cas, elle a deux possibilités : a) elle obtient l’aide des services sociaux, et c’est très, très bien (à part qu’elle contribue à les plonger dans le rouge) ; b) elle n’obtient pas d’aide. Alors elle a ici deux possibilités : a) elle fait un hold-up, et c’est très, très bien (à part que ça va augmenter les coûts de justice et police) ; b) elle va planter sa tente dans le jardin du voisin.
Si ça se passe ainsi, le voisin a deux possibilités : a) il fait une dépression et c’est très, très bien (à part que ça va augmenter les coûts de la santé) ; b) il tabasse l’occupant (et ça va augmenter les statistiques de la violence et les coûts pour lutter contre). De toute façon, tout ça, c’est très, très bien, car pour une personne sans emploi – qui paiera moins d’impôts – cela fait au moins quatre personnes (elle et ses proches) qui consommeront moins. Les restaurants pourront fermer, la construction aussi, les diverses entreprises idem. Ainsi, de non-dépense en non-dépense, on sera bientôt dispensé de travailler.
Farces et attrapes, c’est très, très bien ! Car ce sera bien une fois au tour des politiciens de passer à la trappe : licencier, ce n’est pas faire des économies, c’est faire des trous dans l’économie. Et à force de faire des trous, on finit par tomber dedans.
Huguette et Jean-Pierre Ryser, Murist
Article paru dans la page Forum du quotidien « La Liberté », le 25 juin 2005
À toi qui cherches quelle est ta place dans la société,
Avec un travail, un toit, pour simplement exister.
Si tu deviens conscient du besoin d’agir et d’être,
Tu viens de découvrir où se joue la dignité de tout ton être.
Les chemins vers l’emploi, ou pour un toit, sont luttes pour la vie.
Avec tes vrais amis, ensemble, longuement, faites jaillir ce cris.
Dans nos sociétés si souvent dominées par l’économie de marché,
L’efficacité économique, à elle seule, ne peut tout solutionner.
Moi, tout simplement, je voudrais te parler de la dignité,
De la tienne, comme de celle des autres, des sans-papiers.
Avec tous ces oubliés de notre société de consommation,
Tu peux ouvrir, aujourd’hui, de véritables chemins de libération.
Car, sur ces sentiers étroits, je crois que tu peux t’y risquer,
Et avec eux, parler et agir, ainsi permettre aux opprimés
De reconstruire leur identité, en révélant leurs richesses cachées,
Construisant ensemble, jour après jour, un temps pour espérer.
Alain Michaudin Témoignages ACO, n° 507, 04.2006