Un clic sur image
Une personne licenciée a deux possibilités : a) elle retrouve du travail, et c’est très, très bien (à part qu’elle prend la place que quelqu’un d’autre aurait prise) ; b) elle ne retrouve plus de travail. Dans cette hypothèse, elle a deux possibilités : a) elle touche le chômage, et c’est très, très bien (à part qu’elle contribue à vider la caisse-chômage) ; b) elle est sans ressource.
Dans ce dernier cas, elle a deux possibilités : a) elle obtient l’aide des services sociaux, et c’est très, très bien (à part qu’elle contribue à les plonger dans le rouge) ; b) elle n’obtient pas d’aide. Alors elle a ici deux possibilités : a) elle fait un hold-up, et c’est très, très bien (à part que ça va augmenter les coûts de justice et police) ; b) elle va planter sa tente dans le jardin du voisin.
Si ça se passe ainsi, le voisin a deux possibilités : a) il fait une dépression et c’est très, très bien (à part que ça va augmenter les coûts de la santé) ; b) il tabasse l’occupant (et ça va augmenter les statistiques de la violence et les coûts pour lutter contre). De toute façon, tout ça, c’est très, très bien, car pour une personne sans emploi – qui paiera moins d’impôts – cela fait au moins quatre personnes (elle et ses proches) qui consommeront moins. Les restaurants pourront fermer, la construction aussi, les diverses entreprises idem. Ainsi, de non-dépense en non-dépense, on sera bientôt dispensé de travailler.
Farces et attrapes, c’est très, très bien ! Car ce sera bien une fois au tour des politiciens de passer à la trappe : licencier, ce n’est pas faire des économies, c’est faire des trous dans l’économie. Et à force de faire des trous, on finit par tomber dedans.
Huguette et Jean-Pierre Ryser, Murist
Article paru dans la page Forum du quotidien « La Liberté » Le 25 juin 2005
Je tiens à soutenir l’intervention de Monsieur Vifian qui, au Parlement Jurassien, a fait écho à une étude sur les ORP en Suisse, laquelle tend à démontrer les dysfonctionnements de ces offices. Je déplore la réponse du Gouvernement qui prétend que «l’ORP-Jura remplit sa mission de placement rapide et durable de manière performante». Ou le Gouvernement est mal informé, ou il se voile la face !
Cette réponse ne correspond pas du tout à la réalité que j’ai expérimentée. Chômeuse, l’ORP ne m’a rien apporté durant les deux années où j’aurais dû bénéficier de son soutien. Entendre dire que «l’ORP remplit sa mission» est pour moi un tissu de mensonges. A moins de nuancer ces propos en osant dire combien de chômeurs, quel pourcentage de ceux-ci est laissé pour compte ? De dire aussi pourquoi certains chômeurs sont avantagés ? L’ORP n’a-t-il pas la même mission à remplir pour tous les chômeurs, indistinctement ?
Pour ma part, je dénonce haut et fort l’absence « d’égalité de traitement » des chômeurs par l’ORP. J’ai le sentiment d’avoir été bafouée. Ma dignité de travailleuse n’a pas été respectée dans les différents programmes (temporaires PET, d’occupation POC) que j’ai traversés en gagnant des salaires dérisoires.
Aujourd’hui, je me retrouve en FIN DE DROITS ! Trois mots qui semblent anodins tant qu’on ne les vit pas. Je me sens complètement marginalisée, repoussée aux frontières de la société, je perds une partie de mon identité, je ne fais plus partie des statistiques, donc, je suis morte. Ma non-existence est la seule issue que l’ORP m’ait offerte. Mais comment vivre en étant mort ? A présent je n’ai plus aucun statut : ni chômeuse, ni salariée, qui, quoi alors ?
Comment s’occupe-t-on des personnes en fin de droits ? Comment vivent-elles au quotidien leur situation désespérée ? Là, il n’y a plus personne pour en parler, les lettres aussi sont mortes !
Voilà des tas de questions qui restent sans réponse !
Quand vous avez fait deux cents offres de travail et que vous vous êtes confrontée à autant de réponses négatives, le courage vous abandonne, la déprime monte, les amis baissent et vous restez seule face à la réalité. Voilà pourquoi, par respect et solidarité avec les personnes qui sont dans la même situation que moi, ou pire encore, je ne pouvais taire cette injustice bien trop lourde à porter seule !
Nicole Hurni, Rochefort 5, Vicques
Article paru dans le courrier des lecteurs Le Quotidien Jurassien, du 7 avril 2005